Un roman vraiment singulier, à mi-chemin entre le conte et le récit socio-ethnographique. On apprécie les profondeur des personnages et leurs grandes imperfections qui les rendent humains. En effet, derrière le roman d'aventure et certaines dimensions quelque peu fantastiques, c'est une fabuleuse critique sociétale que David Zukerman nous propose.
Le personnage de Yerbo Kwinton dit "La Langosta" puis "La Mano" et le mystère qui l'entoure constituent le fil rouge du roman. Grâce à un style et une construction narrative bien maîtrisés, l'auteur emmène son lecteur à s'intéresser tour à tour à la petite ville de San Perdido dans son ensemble et aux différentes histoires individuelles qui s'y déroulent. S'il faudra attendre 150 pages environ pour entrer pleinement dans l'histoire, la structure du roman apporte ensuite beaucoup de satisfaction, surtout lorsque l'on commence à voir se tisser des liens entre les différents personnages. On regrettera toutefois la description parfois caricaturale des personnages féminins, dont l'arc narratif est souvent construit en fonction de celui de personnages masculins. De ce fait, on retrouve encore beaucoup de clichés dans la manière de décrire les femmes, tantôt faibles et nécessitant d'être sauvées, tantôt femmes fatales, puissantes et hystériques.
Au-delà de l'imaginaire généré par le personnage principal et ses aventures, le roman fascine par sa critique sociale. Bien que la ville panaméenne de San Perdido ne soit inventée, l'auteur s'en sert habillement pour décrire la violence de ces sociétés extrêmement inégalitaires dans lesquelles les plus pauvres tentent de survivre, méprisés par les plus riches. La lecture est parfois difficile tant les descriptions sont réalistes. Les scènes de violence, physiques et sexuelles, sont nombreuses et pourront choquer. L'auteur s'attarde à dessein sur l'extrême misère des bidonvilles et de ses habitants qui n'ont rien, en total décalage avec les belles villas de ceux qui ont tout. On retrouve également une critique du pouvoir, symbolisée par un gouverneur corrompu qui tient la ville dans sa main et qui n'a aucun intérêt à voir la situation des plus pauvres s'améliorer, même marginalement.
Au bout du compte, la société imaginée par l'auteur n'est pas tout à fait imaginaire. On trouvera facilement des parallèles entre le San Perdido des années 50 et les problèmes sociétaux de nombreuses villes du 21ème siècle. C'est la justesse et la pertinence de cette critique de société que l'on retiendra, ainsi que la profonde humanité de certains personnages qui s'efforcent d'exister.
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